Site / Lec'hienn Erwan Evenou

Biographie

_wsb_144x180_MA+POMMEErwan Evenou – Yvon à l’état civil – est un « pied-noir » né à Alger en 1940. À l’époque, on disait simplement « Algérien », identité que l’enfant revendiquait puisque ses ancêtres maternels s’étaient installés dans le pays dès les années 1840.

Son grand-père paternel qu’il ne connut pas, breton, écrivain et fonctionnaire colonial, avait milité en son temps en faveur d’une véritable décolonisation de l’Union Française (alors appelée Empire Français), qui aurait élevé à la citoyenneté l’ensemble des populations qu’elle rassemblait. Antijacobin convaincu, il souhaitait qu’on respectât l’identité culturelle arabo-berbère dans un mouvement de reconnaissance générale qui engloberait l’identité bretonne ou basque au sein de l’Hexagone.

Passant sa prime enfance dans le Constantinois, le petit-fils assista non loin de Guelma à la répression qui suivit la première insurrection nationaliste en mai 1945. Le spectacle des bombardements aveugles sur les populations civiles réputées indigènes le conforta très tôt dans ce qui fera ses convictions humanistes et pacifistes.

Revenu à Alger à l’âge de six ans, l’enfant entamait sa scolarité primaire à l’école publique de Mustapha, où il côtoyait des petits arabes, kabyles et israélites. Ses études devaient se poursuivre jusqu’au baccalauréat au Lycée Bugeaud, situé dans le quartier de Bab El Oued, établissement qui accueillait les jeunes de toutes origines constituant le peuple algérien de la période.

Le déclenchement de la rébellion nationaliste en 1954 sonna le glas d’une société à la fois inégalitaire et multiculturelle, mais jusque là encore relativement paisible et souvent fraternelle. Trois ans plus tard, sa famille fuyait les affrontements sanglants entre communautés pour rejoindre une France dont le nom résonnait comme un nom étranger. De fervent Algérien, l’intéressé se muait en citoyen de la Bretagne et se mettait à l’étude de la langue bretonne.

Enseignant à partir de 1961, il percevait le bruyant écho du désespoir des Pieds-Noirs, contraints à quitter leur patrie algérienne en y abandonnant tout, conséquence déplorable d’une terrifiante guerre civile et de négociations politiques bâclées. L’exil de ses anciens congénères, loin de le décourager, fit naître en lui le besoin irrépressible de rejoindre une terre natale qu’aucun de ses enfants n’avait jamais voulu quitter. Nommé en 1965 dans l’Aurès au titre d’appelé du Contingent, le jeune instituteur fraternisait d’emblée avec une jeunesse qui lui ressemblait davantage que la jeunesse bretonne ou hexagonale.

C’est cependant en Bretagne qu’Erwan Evenou commença en 1967 une carrière de militant politique et culturel. Candidat pour l’Union Démocratique Bretonne à plusieurs élections, dont une législative en Morbihan, il contribua à la mise sur pied du mouvement GALV en faveur de la reconnaissance officielle de la langue bretonne, puis créa les Jeunesses Progressistes de Bretagne. Parallèlement, il publiait une plaquette de poésie intitulée ‘Benn gouloù-deiz.

L’attachement aux racines étant le plus fort, l’enseignant regagnera pourtant une fois encore l’Algérie, cette fois en compagnie de sa propre cellule familiale. Mais la montée de l’islamisme radical le pousse finalement, au début des années 80, à renoncer définitivement à toute idée de rédemption de la terre natale.

Reçu en 1986 à la première session du tout nouveau CAPES de breton, Erwan Evenou soutient l’année suivante une thèse de doctorat à l’université de Rennes II. À la rentrée 1991, il est appelé par le Recteur d’Académie aux fonctions d’inspecteur pédagogique de langues et cultures régionales. La même année, il publie un roman d’expression bretonne sur le drame algérien, Nikolazig ar Broioù tomm (le petit Nicolas des pays chauds), qui plus tard figurera au programme du CAPES de breton.

À son départ à la retraite en 1999, deux fois décoré dans l’Ordre des Palmes académiques, le fonctionnaire rédige La Langue bretonne en Quête de Légitimité, sorte d’audit sur la fonction qu’il a occupée au Rectorat de Rennes. Il y dénonce la discrimination culturelle et l’autoritarisme sectaire toujours vivants au sein d’une République demeurée profondément jacobine.

Quelques années plus tard paraît un deuxième roman, Pardon Sant Fiag (le Pardon de Saint Fiacre), classable parmi les policiers, dont d’aucuns saluèrent la qualité et la richesse linguistiques.

En 2012 enfin, c’est un ouvrage en langue française qui est édité à compte d’auteur, Le Coq, l’Hermine et le Croissant, saga d’un pied-noir breton reprenant les grands thèmes développés vingt ans plus tôt en breton dans Nikolazig.

Erwan Evenou est actuellement membre du Conseil culturel de Bretagne, au sein du collège associatif.